Le rapport referme le dossier. Il ne referme pas ce qui s'est passé entre les personnes.
Vous avez fait ce qu'il fallait. Une enquête a été conduite, des conclusions ont été rendues, des décisions ont été prises. Et lundi matin, les mêmes personnes se retrouvent dans le même service.
Entre-temps, elles se sont accusées, ont été convoquées, ont parlé de leurs collègues et su que leurs collègues avaient parlé d'elles. L'équipe autour a regardé la scène et s'est fait son idée. Rien de tout cela ne disparaît avec la remise du rapport.
C'est ce moment-là que la plupart des organisations traitent le moins bien, et c'est celui qui décide si la situation s'apaise ou repart.
C'est l'issue la plus fréquente, et la plus mal vécue. L'enquête n'a pas retenu les faits. La personne qui a signalé s'estime niée. La personne mise en cause s'estime salie sans avoir rien pu réparer. Aucune des deux n'a obtenu ce qu'elle cherchait.
Vous, de votre côté, n'avez pas de sanction à prononcer. Vous ne pouvez pas non plus faire comme si rien ne s'était produit : la relation est abîmée, l'équipe a pris parti, et le travail en pâtit.
Remettre les conclusions et renvoyer chacun à son poste n'est pas une réponse. C'est le moment où une médiation prend tout son sens : elle ne rejuge rien, elle permet à des personnes de se reparler et de convenir de la façon dont elles vont travailler.
Une médiation ne convient pas à toutes les suites d'enquête. Le dire avant est une garantie, pour les personnes comme pour vous.
Un entretien individuel préalable avec chaque personne permet de vérifier que la médiation est adaptée et acceptée. Si elle ne l'est pas, je vous le dis, et nous regardons ce qui l'est. Une médiation engagée dans de mauvaises conditions abîme davantage qu'elle ne répare.
Nous définissons qui participe, dans quelles conditions matérielles la médiation se tiendra, et ce que vous attendez d'en savoir à l'issue.
Ce dont les personnes auront besoin de parler, en revanche, ne se cadre pas à l'avance. Ce contenu leur appartient, et c'est ce qui distingue une médiation d'une réunion de service.
Chaque personne est reçue seule. Elle dit ce qu'elle a vécu, y compris de la procédure. Elle apprend ce qu'est une médiation, ce qu'elle peut en attendre, et décide librement d'y participer ou non. Personne n'est mis devant le fait accompli.
Les personnes se parlent, en ma présence, dans un cadre posé et tenu. Elles disent ce que la procédure n'a pas pu accueillir. Le nombre de séances dépend de la situation et se décide au fur et à mesure.
À l'issue, les personnes formulent elles-mêmes la façon dont elles vont travailler ensemble : ce qui change, ce sur quoi elles s'engagent, ce qu'elles feront si la tension revient. Ce contenu leur appartient. Vous êtes informé de ce qu'elles décident de vous transmettre.
Quelques semaines plus tard, pour vérifier que ce qui a été convenu tient, et l'ajuster si nécessaire. Ce n'est pas systématique, mais c'est souvent ce qui fait la différence entre un moment d'apaisement et un changement durable.
Je n'ai pas d'avis sur qui a raison, et je n'en formulerai pas. Je ne suis liée à aucune des personnes ni à la ligne hiérarchique, et je ne tire aucun avantage de l'issue. Mon engagement porte sur la qualité du processus, pas sur son résultat.
Chaque personne entre en médiation parce qu'elle l'a choisi, et peut l'interrompre à tout moment sans avoir à se justifier. C'est ce qui distingue une médiation d'une convocation.
Les échanges sont confidentiels. Vous êtes informé du fait que la médiation a lieu, de son issue, et de ce que les personnes choisissent de vous transmettre.
Les personnes peuvent parler de ce qu'elles ont vécu pendant la procédure, et c'est souvent nécessaire. Mais une médiation n'a pas le pouvoir de modifier les conclusions rendues : elle n'est ni un recours ni une session de rattrapage.
Je ne propose pas de solution, je ne tranche pas, je ne rédige pas leur accord. Mon travail est de rendre possible une conversation qui ne l'était plus.
Selon ce qui vous a été signalé, une enquête n'est pas toujours la première réponse, et parfois elle est indispensable. Un échange permet de le déterminer avant d'engager quoi que ce soit.
Vous ne pouvez pas ne rien faire, et vous ne pouvez pas décider sans savoir. Une enquête conduite par un tiers établit les faits et constitue la trace de ce que vous avez fait.
Enquête pour suspicion de harcèlement moralEntre deux personnes, au sein d'une équipe, ou avec la seule partie volontaire lorsque l'autre refuse.
Médiation en situation conflictuelleSi une enquête vient de se terminer chez vous et que la question de la reprise se pose, appelez-moi. Un premier échange suffit à savoir si une médiation est adaptée à votre situation.